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Interview de Michael Ironside dans Smallville Magazine n°4

Il faut être un sacré dur pour élever seul une jeune femme aussi énergique que Lois Lane. Heureusement, Michael Ironside est tout disposé à la soumettre à une discipline aussi sévère que salutaire dans le rôle du général Sam Lane...

Son visage caractéristique est apparu dans de nombreux films et séries depuis "Scanners", "V" et "Top Gun" jusqu'à "Starship Troopers" et "Le Dernier Chapitre". Michael Ironside, acteur canadien hautement respecté, fait aujourd'hui un petit tour par la ville de Clark Kent dans le rôle du père de Lois Lane, le général Sam Lane. Nous avons eu la chance de la rencontrer dans sa demeure de Los Angeles, où il nous a déclaré avoir été très impressionné par "Smallville".

Dans quelles circonstances avez-vous rejoint la série ?
Un des producteurs m'a raconté qu'ils revenaient d'un tournage en extérieurs et qu'ils se creusaient la tête pour trouver à qui confier le rôle du père de Lois Lane, le général Sam Lane, quand une voix venant de l'arrière du van a dit :"Michael Ironside !" Tout le monde se serait alors écrié :"Mais bien sûr, c'est génial !" Il ne sait pas trop à qui appartenait cette voix mais l'idée lui paraissait parfaite, et ils en ont donc discuté et m'ont appelé. J'étais justement disponible et Vancouver est une de mes villes préférées. J'y ai beaucoup d'amis... ainsi que certains de mes parcours de golf favoris ! J'aime beaucoup me promener par là-bas. En fait je n'avais jamais vu "Smallville". J'ai fait quelques recherches comme toujours dans ce genre de cas, et j'ai appris par divers amis et connaissances de Vancouver, ainsi que par des membres de l'équipe, que c'était une série de qualité. Les gens y étaient respectés et tout avait l'air de bien se passer, alors j'ai signé.
Quelle est la nature de votre engagement professionnel avec "Smallville" ?
Il n'y a rien de définitif. Je n'ai pas très envie d'être lié à quoi que ce soit. J'ai une petite fille d'un peu plus de cinq ans et demi dont je n'aime pas être séparé ni perturber le style de vie pendant trop longtemps. J'ai pris garde à rester le plus près possible de Los Angeles ces quelques dernières années. Et si j'accepte un travail qui m'éloigne pendant un moment, je la fais venir avec sa mère et le reste de ma famille. C'est vraiment trop important. Après tout, je suis l'automne de ma vie [rires]... Cela fait trente ans que je pratique ce métier et, pour les dix ans à venir, je peux encore interpréter une gamme assez large de personnages : je peux jouer des gens d'un peu plus de quarante ans et menaçants physiquement, jusqu'à des personnages âgés d'une soixantaine d'années. Mais bientôt je serais obligé de jouer des gens de 50 ans ou plus. Alors d'ici là, je trouve la vie trop courte pour se retrouver coincé dans des situations sans issue et esthétiquement inintéressantes. Et franchement, l'argent n'est pas toujours le plus important. Je me sens très bien chez moi avec ma fille, à écrire ou à pratiquer d'autres activités du même genre. Aujourd'hui, il faut vraiment quelque chose d'agréable, de sûr et d'adapté pour me faire accepter de me séparer de ma famille.
Qu'avez-vous pensé du plateau ?
J'avais demandé à beaucoup d'acteurs et de techniciens canadiens à quoi ressemblait le plateau de "Smallville" et on m'a toujours répondu la même chose : l'équipe est agréable, on y travaille un nombre d'heures raisonnable, et tout le monde est fier d'être associé à la série. Personne parmi les acteurs ne se croit sorti de la cuisse de Jupiter... Et puis il y a Annette O'Toole ! La présence d'Annette était pour moi un signe positif parce que nous sommes très souvent du même avis elle et moi. Elle ne participe jamais à un projet qui ne présente pas les gages nécessaires. Mais dans ce cas précis, je n'ai pas été déçu. Tom Welling est merveilleux. Il est presque douloureux à regarder : on a pratiquement l'impression que, quand on pose les yeux sur lui, il écoute si attentivement qu'il serait immoral de ne pas prendre la discussion au sérieux ! Il dégage une impression de clarté et, vraiment, il écoute. Il a quelque chose de très intense : ce n'est peut être que son maquillage... Mais il est vraiment attentif à ce qu'on lui dit. Dans les conversations il absorbe littéralement les paroles de son interlocuteur et je trouve cela extrêmement positif. C'est quelqu'un de très intelligent. Je me suis rendu compte que je devais faire attention à ce que je lui disais parce que, même s'il me pose une question apparemment anodine, il a toujours une véritable réaction en entendant ma réponse. Il se met à réfléchir profondément et je me dis intérieurement : "Mon dieu, ce n'était pas une simple question en passant ! Je dois faire attention..."
J'avais en outre grandement conscience de ma responsabilité en tant que représentant d'une autre génération. J'ai côtoyé beaucoup de jeunes acteurs au fil des ans et les ai vus poursuivre leur chemin, que ce soit sur "Top Gun", "Starship Troopers" ou cette série. Et Tom appartient à la génération que nous retrouverons durant la prochaine décennie. Il m'a beaucoup impressionné, et pas seulement par son professionnalisme. Après tout, beaucoup de gens peuvent dissimuler leur manque de talent derrière leur professionnalisme. Mais ce n'est pas son cas. Cela peut paraître prétentieux, mais c'est un peu comme le monde du cirque, pour moi. Il y a les gens qui veulent en faire partie mais qui ne s'intéressent absolument pas aux performances ou aux usages en vigueur. Ceux-là, ils ne durent pas très longtemps... Mais Tom veut faire partie de ce monde. Il respecte sa lignée et son histoire. On dirait presque qu'il a trouvé sa tribu, celle où il se sent bien et en sécurité. Et puis cette série lui permet aussi de découvrir son identité d'acteur. Je pense qu'on n'est pas près de le voir disparaître. D'après moi, il est promis à un bel avenir.
Par contre, je n'ai pas rencontré les filles. J'ai bien sûr travaillé avec Erica, qui incarne Lois, la fille de mon personnage. Elle est en train de s'intégrer au reste des comédiens et de se faire sa place. Je la trouve très douée mais elle ne s'est pas encore complètement appropriée son personnage. Elle en discute toujours avec les producteurs, les metteurs en scène et les scénaristes, elle s'efforce de mettre le doigt dessus, mais tout le monde aimerait en gros qu'elle se jette à l'eau et qu'elle le fasse vraiment sien : qu'elle le possède, puis qu'elle lui donne forme. Elle n'y était pas encore parvenue quand je l'ai vu dans son second épisode. Mais je l'ai observée au travail et j'ai été stupéfait par son talent : trois prises différentes, et trois performances brillantes. J'ai hâte qu'elle trouve pleinement ses marques.
Erica est un personne très attirante, très saine, et qui dégage une merveilleuse impression de jeunesse. En fait, elle ressemble à ma fille aînée... C'est sûrement pour ça qu'elle me paraît familière, c'est génétique ! Je me sens très à l'aise avec elle dans le rôle du père qui pose des interdits...
Et d'après ce qu'on voit de Sam Lane dans les quatre premiers épisodes, il est effectivement assez strict avec elle...
Je pense qu'il est un peu là pour brouiller les pistes ! Je n'y ai à vrai dire pas trop réfléchi parce que je connais l'histoire de Lois Lane (j'ai lu les bandes dessinées de Superman quand j'étais gamin) et que je sais qui est Sam Lane et ce qui lui arrive.
Reste quand même à voir si les choses se dérouleront de la même manière...
C'est vrai, mais ça leur laisse une porte de sortie. L'important, c'est la qualité du récit. Ce n'est pas étonnant que Superman ait duré aussi longtemps : la genèse de cette histoire a quelque chose qui affecte les gens très profondément. Et l'ignorer, s'en éloigner ou la séparer de tout aspect esthétique serait une erreur. Le Sam Lane de maintenant fais un peu diversion : étant donné le climat politique actuel du monde, l'univers militaire peut être une arme à double tranchant. Je suis sûr qu'ils veulent faire de lui un personnage potentiellement négatif et peu enrichissant pour son entourage, auquel on ne fait pas confiance et qui met les gens mal à l'aise. L'alignement avec la famille Luthor et le mélange de grands intérêts commerciaux, de jeu politique et du gouvernement est tout à fait possible et me semble intéressant. Je suis persuadé que, d'un point de vue moral et éthique, Sam Lane n'hésiterait pas une seconde à donner sa vie pour sauver celle de sa fille. Car tout au fond de lui c'est avant tout un père.
J'avais espéré pouvoir donner un petit côté [Général George S.] Patton au personnage mais il se prête mal à cette espèce d'égocentrisme, à ce besoin désespéré d'entrer dans l'Histoire, d'être considéré comme un être hors du commun. En définitive, les gens qui en sont victimes sont aveuglés par un destin qui finit par ronger leur utilité à une plus vaste échelle. Quand ils parviennent à leurs fins, c'est formidable, ils ont le sentiment d'être à leur place... C'est quelque chose que j'aurais pu faire, mais cela ne convenait pas à la série.
Et que pensez-vous aujourd'hui de "Smallville", puisque vous faites désormais partie de la famille ?
Je ne connaissais pas le feuilleton et j'ai été très impressionné par l'éclairage, le travail de la caméra et le souci du détail, que l'on ne trouve généralement pas à la télévision. La journée baigne dans une chaude lueur dorée, avec la famille au centre, alors que la nuit a quelque chose de mystérieux, de gothique. "Smallville" est un lieu un peu menaçant et effrayant, la nuit. Ils ont joué sur le côté enfantin du "Raconte-moi une histoire..." C'est très malin... Je ne pense pas que cette idée découle de considérations financières du genre : "Comment faire une série efficace et intelligente pour le moins d'argent possible ?" Cela compte aussi, bien sûr, mais ce n'est pas le but premier. La question serait plutôt : "Comment conserver cette ambiance, cette richesse et cette qualité tout en faisant toujours preuve du même respect envers l'histoire et le public ?" Et c'est génial. Il est absolument formidable de travailler sur une série de ce genre. On sent que ça va marcher. C'est comme quand j'étais sur le plateau d'"Urgences" durant sa première année. On a vraiment envie d'aller travailler et de faire de son mieux pour réaliser une série de qualité. Et sur "Smallville", ils s'efforcent chaque semaine de créer un environnement de travail agréable et sûr. Quand quelqu'un semble avoir une baisse de régime, il n'y a personne pour dire : "Allez, du nerf !" mais plutôt : "Est-ce que tout va bien ?" On se fait du souci pour cette personne, un peu comme dans une tribu... On ne peut pas s'amuser si les autres ne s'amusent pas. Alors on se soutient mutuellement. Sur cette série, les gens ont vraiment le sens du groupe.
Quels sont vos autres travaux du moment ?
Je travaille sur une coproduction anglaise, canadienne et islandaise, un film intitulé "Guy X". C'est un excellent script tiré du livre "Nobody Ever Thinks of Greenland", qui parle des vétérans du Vietnam portés disparus dans un entrepôt au Groenland sous une fausse base de l'Air Force, avec tout un tas de gens à problèmes...
Ensuite, je vais peut-être faire un film d'horreur que j'avais suggéré à quelqu'un il y a environ quatre ans et pour lequel ils ont enfin un script. Je déteste les clowns : ils m'ont toujours fichu les jetons. J'avais lu il y a des années la phrase : "Il n'y a rien de plus effrayant qu'un clown après la tombée de la nuit." Et ce film parle d'un clown qui est en réalité l'incarnation de Lucifer et qui tue les gens pour s'emparer de leur âme. Ce serait pas mal, puisque je jouerais le clown ! Mais je ne m'engagerai pas avant d'avoir lu le script.
En fait je n'ai pas de projet de grande envergure pour le moment. Mais allez voir "The Machinist" quand ça sortira : Christian [Bale] y est merveilleux, tout comme Jennifer [Jason Leigh]. C'est un bon film, très gothique. J'ai participé au projet parce que l'auteur est un de mes amis et que je suis un fan du metteur en scène. C'est d'ailleurs la première fois que je vois le script d'un film remis au réalisateur et porté à l'écran avec aussi peu d'interventions du producteur... L'histoire traite de la question de l'obsession. Le personnage de Christian est obsédé par un sentiment de mortifiante culpabilité qui le dévore littéralement. Il a perdu près de 25 kilos pour faire ce film : c'est un véritable squelette ambulant. On dirait un rescapé d'Auschwitz. Ce que j'aime dans cette histoire, c'est l'abondance de métaphores. Dans la vie, on fait ce qui est juste... ou pas.

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